1844 : les naufragés du Castellas.

Entre 1840 et 1850, Cette était le pivot d’un trafic prometteur. Des armateurs sétois contribuèrent à l’essor de Fécamp d’où on allait pêcher la morue à Terre Neuve. Les morues étaient livrées à Sète. Et les navires regagnaient Fécamp lestés de sel et de vin. Le voyage était long et pouvait être périlleux. Ainsi, au début de l’aventure, en 1844 eut lieu un naufrage.

Le navire naufragé était le brick (embarcation à 2 mats dont le plus grand est incliné vers l’arrière) le Jeune Augustin, de l’armement Le Borgne à Fécamp. Le 9 juillet 1844, le navire quitte Saint Pierre et Miquelon chargé de 68 000 morues, « bien conditionnées par les soins du capitaine » selon le témoignage du second, Fontaine (cité dans Pascal Servain, Revue d’Histoire et d’Archéologie de Sète et sa région). Le « conditionnement » devait être le salage à bord des morues, alors nommées « morues vertes ». Puis, elles étaient lavées, resalées et séchées au port d’arrivée. Donc, de Saint Pierre et Miquelon, le brick navigue jusqu’à Gibraltar, passé le 14 août. Puis, il remonte les côtes d’Espagne, « profitant des bordées les plus favorables ». Jusqu’au 22 août où le Jeune Augustin devait approcher de Sète car, à 11h du matin, le pilote monte à bord. Selon le capitaine, le navire est alors à 4 lieues de Sète et gouverne au nord nord ouest. Le pilote déclare savoir où il se trouve, fait changer la route et « venir au nord ». Mais le vent de sud est commence à se lever. La brume s’installe. Puis, la navigation paraît dangereuse, « la brume augmentant et la brise devenant plus forte ».

La brume devient très épaisse « à ne pas distinguer l’arrière de l’avant ». On sonde. Première sonde, 12 brasses ; deuxième sonde, 8 brasses. Le capitaine estime être près de la terre et qu’il faudrait mouiller « en attendant que le vent s’éclairât ». Le second ne précise pas si le pilote fit la sourde oreille quand le capitaine lui « donna à entendre » qu’il fallait virer de bord. Toujours est-il que, suivant la même route, le navire « touche terre ». Malgré tous les efforts, l’équipage ne parvient pas à le déséchouer. Avec le secours des 10 hommes d’un bateau pêcheur, on pompe l’eau qui envahit la cale. En vain. Et le mauvais temps continue. Alors, « le capitaine, pour la sûreté de l’équipage, après avoir pris son avis, a fait embarquer les hommes dans la barque et a quitté le navire en dernier ». Une partie de l’équipage « fait le quart avec les douaniers », sans doute pour surveiller le chargement. Le reste se réfugie « au château de Castellas ». Selon le rapport du capitaine en second du Jeune Augustin, le lendemain matin, « la mer étant moins agitée », les hommes d’équipage remontent sur le navire, « sauver leurs effets ». Curieusement, l’auteur du rapport n’évoque pas le sort de la cargaison. Est-ce du ressort du capitaine, exclusivement ?

La conclusion du rapport est une âpre accusation. « Je puis certifier que s’il n’y avait pas eu de pilote à bord, le naufrage n’aurait pas eu lieu ». Mais cet épisode n’a pas fait de victime et le commerce morue-sel-vin allait croître et se développer sous l’impulsion de hardis entrepreneurs.

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