dernière rencontre Club lecture chez Jany jeudi 25 juin

Bonjour à tous,

Je remercie les fidèles qui ont répondu à l’invitation de Jany pour se revoir avant les vacances. Ce fut un beau moment de partage et de convivialité.

Anne a évoqué 3 livres:

Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie 2013 ‘’style fiction autobiographique’’

Ce livre raconte l’histoire d’Ifemelu, une jeune nigériane, qui quitte son pays natal,  poussée par un père anglophile et le manque de perspectives, pour aller faire ses études aux USA. Son grand amour, Obinze, doit la rejoindre plus tard. Une magnifique histoire d’exil et d’amour,  Ifemelu, ‘’avide de tout connaître de l’Amérique, et d’entrer au plus vite dans sa nouvelle peau’’, n’échappe pas aux difficultés liées à l’immigrant, d’autant plus à la peau noire. Dans ce pays profondément marqué par les discriminations raciales, il est d’autant plus difficile de trouver sa place. Elle devient noire aux USA !!! Racisme ordinaire, qui ne dit pas son nom, dans tous les domaines de la vie quotidienne. Elle doit affronter tous les problèmes de survie : obtenir un numéro de sécurité sociale, trouver un job, la solitude… Elle décline ce pays avec un humour parfois grinçant et acerbe, et la naïveté de quelqu’une qui n’est pas née aux USA et doit se couler dans une culture dont elle ne connaît pas les codes… En filigrane se déroule son histoire d’amour interrompu mais toujours présente. Après une décennie mouvementée, plusieurs tentatives de vie en couple, des amis des rencontres, des engagements, elle décide du retour au pays natal, où elle retrouve celles et ceux resté-es. Espoirs, désillusions ‘’happy end’’ en 1/2 teinte…

Le livre des départs, Velibor Čolić, 2020  récit de son propre exil

‘’Je suis un migrant, un chien mille fois blessé qui sait explorer une ville… je renifle les bars et les restaurants.’’ L’auteur nous fait partager le sentiment de déréliction des migrants, et l’errance sans espoir de ceux qui ne trouveront pas vraiment leur demeure. Il évoque avec ironie ses rapports avec le monde dans lequel il évolue, en particulier lié à l’écriture, ses rencontres avec les femmes qui tiennent une grande place, bien qu’elles aient plus souvent été source de désir ardent et frustré que de bonheur ! Son récit est aussi un hommage à la langue française, à la fois déchirant et plein de fantaisie…

Et il y eut un matin, Sayed Kashua, 2006

Au moment des accords d’Oslo (1993 : Yasser Arafat, Yitzhak Rabin, Bill Clinton), un journaliste arabe travaillant pour la presse israélienne, découragé par les marques d’ostracisme qui envahissent son quotidien et relégué par sa direction, décide de retourner vivre dans son village natal avec sa famille, près de Jérusalem. Peu de temps après son installation, l’armée israélienne encercle le village sans aucune explication, mais tous pensent que cette mesure est provisoire. Pourtant la situation perdure, le chaos s’installe : l’eau et l’électricité sont coupées, la pénurie alimentaire menace, les ordures s’entassent et les esprits s’échauffent. S’ensuit de la confusion, des tensions de voisinage, de la débrouille, accompagnées de vol et de pillage, etc. La situation va durer 4 jours sans qu’aucune information ne filtre sur les événements. Dans cette fiction née de sa propre histoire, Sayed Kashua explore la difficile identité des Arabes israéliens. Son regard mordant et sans concession sur les sociétés juives et arabes donne à ce roman, écrit en hébreu, une force saisissante.

Christiane a parlé d’un auteur qu’elle admire, Antoine Compagnon, entre autres activités, professeur au Collège de France, et de son  livre Un été avec Montaigne (à l’origine une série d’émissions diffusées pendant l’été 2012 sur France Inter).

On y découvre un Montaigne estival et tonique, l’épaisseur historique et la portée actuelle des Essais.

Jany , qui a profité du confinement pour regarder de près sa bibliothèque, a choisi, pour s’évader des thèmes traumatisants de l’actualité, de relire L’Amour au Moyen-Âge. La chair, le sexe et le sentiment par Jean Verdon, professeur d’histoire du Moyen-Âge à l’université de Limoges paru en 2008.

C’est un manifeste de l’amour au temps des troubadours où l’auteur montre comment les hommes vivaient réellement un sentiment qui met en jeu à la fois le corps et l’esprit. Tristan et Iseut, Héloïse et Abélard – l’amour a divinement inspiré les auteurs du Moyen Age.
Les troubadours proposent un art d’aimer et une  » carte du tendre  » s’élabore. Les oeuvres littéraires nous parlent d’amour, et la sexualité n’est pas si mal connue, d’autant que les Arabes tout proches ont une culture raffinée de l’art amoureux… Même si, pour l’Eglise, l’amour est une passion inquiétante qui fait perdre la tête, le lien amoureux existe à l’intérieur du mariage.
Des rapts ont lieu, avec le consentement des jeunes femmes, pour permettre des unions que refusent les familles. Hors mariage, l’amour triomphe aussi : ainsi le concubinage de saint Augustin ou la passion éprouvée par Roméo et Juliette…

Marie-Ange a présenté 3 livres:

La Maison indigène de Claro (Actes Sud 2020):

Une maison blanche construite à Alger en 1930 pour le centenaire de la présence française en Algérie, oeuvre de l’architecte Léon Claro, grand-père de l’auteur. C’est le récit d’une déambulation labyrinthique dans cette maison hantée par de précieux fantômes: tout d’abord Camus qui, inspiré lors de sa 1ère visite de la maison, écrivit l’un de ses 1ers textes, La Maison mauresque. Le poète Jean Sénac, Visconti qui adapta l’Etranger, l’architecte Le Corbusier et surtout Henri Claro, le père de l’auteur, poète inconnu et « espèce d’excité à la recherche de son sens «, disparu quand son fils avait 24 ans. Récit composé de chapitres très courts, désordonnés en séquences du présent, du passé lointain ou plus proche, dans une totale liberté de mots, noms, lieux et dates. Passionnante lecture!

L’Archipel du Chien  de Philippe Claudel

L’archipel du chien: un ensemble d’îlots formés suite aux éruptions d’un volcan. Sur l’îlot principal vit une communauté de pêcheurs et leurs familles autour de la mairie, de l’école et de l’église. Un matin, trois corps de jeunes migrants africains sont retrouvés sur l’une des plages. Le maire est averti, le médecin arrive, et l’instituteur es là aussi présent. Ils regardent les trois corps morts.
Que faire ? Les déclarer aux autorités ne va-t-il pas nuire à la tranquillité de l’île ? D’autant plus que le village est en attente de subventions pour la construction de thermes qui devraient attirer de nombreux touristes. Une histoire de noirceur humaine, de rejet de l’étranger, de machination, de manipulation. Le lecteur est confronté à ses propres questionnements, mis devant ses responsabilités, sa conscience, son déni, sa lâcheté, ses peurs mais aussi son courage et son humanité. Face aux habitants qui n’ont pas de noms, mais que des fonctions, le volcan est un personnage très présent, à qui l’auteur donne la puissance et l’envie d’engloutir ce petit monde trop perverti par le mensonge et l’hypocrisie. La démonstration est implacable, le constat pessimiste. L’écriture du romancier n’est pas dénuée d’humour, mais celui-ci est noir comme la lave séchée qui survivra à toute humanité.

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? de Pierre Bayard (2007 aux Éditions de Minuit.)

Doit-on nécessairement avoir lu un livre pour pouvoir en parler?

“Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique ; on se laisse tellement influencer” Oscar Wilde

C’est avec cette citation que Pierre Bayard, professeur de littérature française et psychanalyste, entre en matière pour défendre l’idée que l’on n’est pas obligé d’avoir lu un livre de la première à la dernière page pour pouvoir donner son avis et en débattre. Il y a autant de manières de lire que d’interpréter un texte, et tout autant de façons d’en parler. L’auteur s’appuie à la fois sur ses propres expériences et sur de grands noms de la littérature pour étayer sa vision de la non-lecture tels que Paul Valéry et Montaigne.

Lire, comme le montre Pierre Bayard, ce peut être parcourir, entendre parler de, voire oublier. Ne pas lire, on le sait, suscite des sentiments mêlés : la honte souvent l’emporte, la peur d’une infériorité face à quelqu’un qui sait et qui peut user de ce savoir. C’est le cas dans des situations mondaines ou intimes, c’est surtout le cas dans le cadre scolaire et universitaire. Comment s’en sortir ? Quels sont les enjeux de la lecture et de la non-lecture ? Cet essai donne des pistes et des réponses avec humour et savoir-faire.

“(…) la non-lecture n’est pas l’absence de lecture. Elle est une véritable activité, consistant à s’organiser par rapport à l’immensité des livres, afin de ne pas se laisser submerger par eux. À ce titre, elle mérite d’être défendue et même enseignée.”

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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