Estampes Ukiyo-e

La période 1760-1810 est qualifiée  » d’âge d’or de l’estampe japonaise  » avec Utamaro et Sharaku, artistes phare de l’Ukiyo-e (Image du monde flottant). La première moitié du XIXe siècle révèle les talents d’Hiroshige et d’Hokusai. Le monde flottant, c’est une nouvelle classe, la bourgeoisie, qui apparaît à cette époque.au Japon. C’est aussi le sentiment un peu triste et fugace du temps qui passe.

Exposition à Aix en Provence jusqu’au 22 Mars d’une collection d’estampes de cette période. Beau catalogue, mais peu de texte.

Parmi les œuvres présentées celles de Utamaro, Hokusai, Hiroshige, Sharaku Toshisai , Kunisada Utagawa (Toyokuni III), Shinsai, Hokkei, Gakutei.

Les estampes au Japon

Une estampe est un tirage, une impression sur papier, d’un dessin.

Les estampes au Japon à cette période sont tirées en quantité sur des supports pauvres, l’équivalent de nos magazines. (épreuve noir , en bleu , en bleu et rougeâtre). Certains tirages (surimono) sont faits pour être collectionnés ou offerts (nouvel an, etc) et une grande attention a été apportée à la qualité du tirage, la taille de l’estampe, le papier utilisé, la finesse de la gravure, la précision et la richesse de l’impression.

La réalisation d’une estampe peut être commandée à un peintre par un éditeur (qui vendra les estampes) ou par un groupe de personnes pour en faire des cadeaux.

Le peintre crée (en noir) le dessin et négocie le contenu avec l’éditeur, et indique les couleurs.

Le dessin est confié à un ouvrier chargé de réaliser la copie originale (la hanshita).

Ce dessin est confié à un graveur, qui propose des couleurs et gravera les planches nécessaires avec l’approbation du peintre. Les planches sont ensuite passées à un imprimeur.

Les estampes sont toujours signées des intervenants (sceaux dans les marges), avec les visas des censeurs.

Ces estampes ne sont pas numérotées, il peut y avoir des milliers de tirages.
( 20 000 pour certaines estampes célèbres de Hokusai )

Au cours du temps les planches s’usent et peuvent être gravées à nouveau (ie remplacées). Il existe par exemple 3 ou 4 versions anciennes de la « vague  de Katanaga » dessinée par Hokusai, dans différents musées (NY, Paris, Londres).

A cette époque la production d’estampes est une industrie, comme l’imprimerie en Europe. Il y a des ateliers d’imprimeurs.

Les couleurs sont cernées par un liseré souvent noir. Dans les périodes ultérieures, ce liseré disparaîtra progressivement, dans les styles Shin-hanga,(1920) et Moku-hanga. Il n’y a des ombres que très rarement.

Le contenu des estampes

Ce ne sont pas seulement des fleurs et des petits oiseaux!

Une grande famille concerne la représentation des femmes (bejin-ga), Utamaro est le plus connu dans ce domaine, avec des estampes de geisha, de femmes de la bourgeoisie, dont on remarquera la finesse de la gravure des cheveux. Il est le premier à faire des portraits à mi-corps.

Les peintures de paysages avec Hokusai et Hiroshige. Hokusai est mort presque centenaire et a produit des milliers de dessins. Dans la « manga », en 15 tômes, ce sont des dessins rapides de la vie quotidienne des artisans, des paysans. Les estampes les plus connues sont celles des voyages réalisés entre les « capitales » Kyoto et Tokyo (anciennement EDO).

Des estampes particulières sont consacrées aux paysages de neige.

Les portraits d’acteurs : Le théâtre populaire Kabuki, dans lequel seuls des hommes jouent même les rôles féminins.

La nature, les fleurs, les oiseaux, poissons.

Et aussi des scènes de la guerre Sino Japonaise, puis Russo Japonaise.

Des calendriers (non signés) car il y avait un monopole d’état.

Des estampes «images de printemps », non signées, certaines sont attibuées à Utamaro.

Le matériel et la technique

Le Papier

Il existe une grande diversité de papiers. Les papiers sont produits dans des entreprises familiales.

La taille des feuilles dépend du fabricant. Les feuilles sont au format O-bosho (‘grand hosho’) – soit 39.4 x 53cm , une demi page donne le format O-ban le plus utilisé dans l’impression des estampes ainsi qu’un demi o-ban (shikishiban sensiblement carré).

Des papiers extrêmement fins, sorte de papier de soie ( en Gampi, une autre fibre – qui rétrécit mouillée) sont utilisés pour faire la « hanshita », copie fidèle du dessin original. C’est cette copie qui servira au graveur.

Les papiers les plus connus sont réalisé à partir de l’écorce de certains arbustes (Kozo  – murier). La qualité dépend de la longueur des fibres, mais aussi de stabilité dimensionnelle du papier qui est utilisé humide. Les papiers traditionnels sont produits à Echizen.

Le papier doit être « amidonné » avant d’être utilisé pour l’impression, car brut il est trop absorbant (mélange, gélatine + alun).

Les planches

Traditionnellement, les planches utilisées proviennent d’un cerisier sauvage.

Aujourd’hui on utilise un placage épais (5mm) de cerisier.

Pour réaliser un tirage en couleur, il faut graver autant de planches que nécessaire pour obtenir le résultat final. Le graveur réalise la séparation des couleurs et grave une planche par couleur. Il fixe l’ordre d’application des couleurs. En fait le nombre de planches était limité par un comité de censure (3 planches max). Les planches sont gravées des deux cotés, certaines planches sont utilisées plusieurs fois en y gravant des motifs de couleur différentes.

Les couteaux

Les couteaux , ciseaux, japonais sont particuliers, la lame est un sandwich d’un acier très dur (donc cassant) et d’un acier ordinaire. Les lames peuvent être très fines 3mm (et extrêmement fragiles), elles sont amovibles et doivent être aiguisées fréquemment. La lame n’est aiguisée que d’un seul coté (il existe donc des couteaux pour droitier et pour gaucher). Le couteau se tient à pleine main et presque verticalement.

Ce type de couteau HangiTo sert au premier dégagement des « filets » qui séparent les couleurs. 

Un ciseau spécial sert à l’imprimeur pour réaliser les marques qui serviront au calage du papier sur la planche (les Kento).

Les pigments

A l’époque les pigments sont naturels, sauf le bleu de Prusse et les couleurs sont transparentes.

Les pigments sont appliqués sur la planche humide à l’aide d’une petite brosse (genre brosse à cirage), le mélange des couleurs se fait sur la planche, on ajoute quelques gouttes de colle (à base de fécule de riz).

Les pigments sont conservés sous forme de pâte (50 %eau+50 %alcool)

L’impression.

Il ne reste plus qu’à poser le papier légèrement humide et frotter avec un « baren » pour faire passer l’encre de la planche dans le papier.

Le « baren » (un frotton en français).

Il existe plusieurs types de baren qui ont des tailles et surtout des rigidités différentes. Un baren pour débutant coûte 5€, un professionnel fait main « hon baren » 800€ !. C’est une cuvette fabriquée en papier et en laque dans laquelle est enroulée une cordelette (3 à 4m) réalisée en fibres de feuille de bambou, selon le nombre de brins la rugosité diffère. Le tout est recouvert d’une feuille de bambou qui forme aussi la poignée. Le diamètre du baren fait aussi varier la pression. Il se tient en pleine main, comme une brosse.

L’impression se fait couleur par couleur, en général les plus claires d’abord, exemple : un tirage de 200 feuilles avec la première couleur, puis on reprend le paquet et on imprime la seconde couleur. Il faut que les feuilles restent humides (et les planches) et dans le même ordre pour qu’il n’y ait pas de variation dimensionnelle et que les couleurs tombent pile. La couleur sèche presque instantanément.

Les papiers sont très résistants et supportent les 10 (Ukiyo-e ) et jusqu’à 30 passages (Shin Hanga) nécessaires au final. Exemple 10 couleurs (3 planches gravées sur 2 faces) pour la grande vague de Hokusai, mais 5 planches ( 25 couleurs) pour une gravure de Hasui Kawase à la période Shin Hanga.

A la fin du XIXème, l’introduction du bleu de Prusse, a permis de faire des tirages caractéristiques, avec des dégradés dans l’application de la couleur.

Dans les très beaux tirages (Surimono), le papier peut être embossé gaufré, c’est à dire frotté sur une planche gravée mais non encrée, pour faire apparaître les veines du bois de la planche (normalement un défaut) ou être saupoudré de poussière métallique ou de mica pour un aspect brillant.

Critères de sélection d’une estampe

Une estampe doit avoir ses marges avec les sceaux des intervenants, la date (le tout en japonais). Il faut aussi prendre en compte que les auteurs choisissent leur nom d’artiste(go) et peuvent en changer plusieurs fois (Hokusai en particulier).

Il existe un marché d’estampes (des re-édditions le plus souvent). Le modèle n’est pas, dans ce cas, le dessin de l’artiste mais un tirage original d’époque. Dans tous les cas, l’encrage est visible au dos. Souvent leur taille est légèrement inférieure, du fait que l’estampe une fois sèche est plus petite que le bloc d’impression par le fait du rétrécissement du papier au séchage.

Les dessins sont rares, car les hanshita disparaissent dans le processus de gravure.

Epoque récente et contemporaine.

Dans la période EDO les auteurs sont des artisans, ils font selon les choix du donneur d’ordre. La valeur de ces estampes a été révélée au japon par les collectionneurs européens, les peintres impressionniste, les Goncourt etc.

Dans la période moderne, les auteurs sont des artistes au sens européen. Ils conçoivent et réalisent eux-même une grande partie de l’estampe.

Les estampes sont numérotés et signées à l’européenne.

Pour la période intermédiaire, certaines estampes peuvent avoir au dos un tampon « made in Japan » quand elles étaient destinées à l’exportation vers les USA. Les estampes destinées à l’Europe n’ont pas ce cachet.

On fait aussi la différence entre les estampes tirées du vivant de l’artiste et les tirages posthumes.

Il peut aussi y avoir des mentions relatives à la seconde guerre mondiale, car des imprimeries ont été incendiées et les planches en partie détruites, les impressions suivantes étant faites chez un autre imprimeur (plus ou moins fameux).

Les copies etc..

Il existe des éditeurs contemporains qui continuent la production d’estampes avec les techniques ancestrales. Papier produit à Eshizen.

On trouve des ré-éditions modernes d’estampes célèbres. adachi-hanga

Des productions originales produite avec la technique ancestrale (David Bull)

Il y a aussi des copies simulant l’ancien, papier teinté pour faire âgé chez les editeurs Unsodo et Shobisha

Et des tirages qui utilisent des techniques modernes (offset etc..), et de vrais faux.

Dans les musées et collections particulières

Sur internet

des sites en Anglais (et en Japonais avec traduction )

http://www.ukiyoe-gallery.com/

La technique

http://woodblock.com/encyclopedia/outline.htm

Sites de vente

http://www.artelino.com/ (vente aux enchères) donne une idée de la diversité de styles.

http://www.artmemo.fr/ (en français) distributeur de l’éditeur Watanabé (période shin-hanga)

adachi-hanga reproductions de classiques

http://shogungallery.com

Productions originales

https://mokuhankan.com/heroes/collection.html

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