La peste à Paris en 1920

Hasard des commémorations. Celles effectuée dans un article sur les rats à Paris – revue L’Histoire, n°420 de mars 2020 et le magazine du Monde de la semaine dernière – a des résonances très actuelles et incline quelque peu au pessimisme. En effet, ces publications évoquent la peste à Paris en mai-juin 1920 qui fit 34 morts, mais dont on compte 45 cas entre 1921 et…1934.

Face à l’épidémie, on retrouve des comportements très actuels, même de la part des autorités. Tout commença début mai 1920 dans une famille de chiffonniers installée, comme beaucoup, à Clichy sous Bois sur la zone, « bande de 250 mètres qui encercle Paris le long de ses fortifications (qui) forme sa ceinture noire de la misère ». Le père et le fils Rubietti (âgé de 8 ans) décèdent de septicémie. Le pédiatre de l’hôpital Bretonneau, alerté par les symptômes (bubon à l’aisselle, tâches bleues sur le corps du fils), fait analyser le contenu du bubon. Il contient le bacille de la peste. Or, aucune maladie ne tue autant et aussi vite. Mais, explique Calmette (oui, celui du BCG) de l’Institut Pasteur à Paris, on dispose d’un sérum anti pesteux et on sait que le bacille se transmet par les puces du rat. Fort de ces connaissances, Calmette est chargé de lutter contre la propagation de le maladie. Il recommande d’administrer le sérum et d’isoler les cas suspects. Mais pour éviter une éventuelle panique, on n’évoque pas la peste, désignée comme la « maladie n°9 », numéro du rang qu’elle occupait sur la liste des affections obligatoirement déclarées. Et puis, la nouvelle finit par filtrer dans la presse et, même sans Internet, des rumeurs circulent (maisons des malades brûlées).

Et l’épidémie s’étend. Début août, Saint Ouen, Bagnolet, Pantin, Clichy, le XVIII ème arrondissement, la rue de Flandres à Paris, Villeneuve-la-Garenne, Aubervilliers, Montreuil sont atteints. Au total, 27 cas dont 14 mortels. Tous dans des endroits à proximité de la zone. Là, une population misérable dispute son espace aux rats dans « des taudis où l’on vit parfois à 6 ou 7 dans une chambre ». Là, « vivent » les chiffonniers « vivant de façon plus ou moins légale de ce qu’ils dénichent dans les ordures… » Alors, à l’extrême droite, on désigne les responsables : non pas les conditions misérables, mais…les juifs qui « apportent toutes sortes de maladies, notamment la lèpre et surtout le mal n°9 ». L’accusation fit long feu. De nos jours, l’antisémitisme a pris d’autres formes, mais face à l’épidémie actuelle, on cherche des responsables. On s’en est pris aux Asiatiques, on s’en prend parfois au personnel soignant, à ceux qui prennent de gros risques en ne faisant que leur devoir. Eternelle panique au visage parfois hideux. Et, en 1920, les autorités organisèrent la riposte. 1 000 personnes furent vaccinées malgré les réticences. Les malades furent évacués, isolés. Les immeubles contaminés furent désinfectés. On a même dépavé trottoirs et impasses pour déloger les rats de leurs repaires.

Les efforts déployés permirent de jugules l’épidémie. Mais Zineb Drief conclut son article dans « M », le magazine du Monde, par ce rappel « elle (la maladie) persista longtemps ; on compte 45 cas entre 1921 et 1934 ». De quoi se garder, aujourd’hui, de tout optimisme excessif.

Défilement vers le haut